By Light Unseen



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Histoire Des Vampires
et
Des Spectres Malfaisans
Avec un Examen du Vampirisme

by Collin de Plancey

Troisième Partie.
Examen du Vampirisme.

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CHAPITRE IV.
Des effets de la lune sur les Vampires.

Le culte des astres, qui précéda sans doute tous les autres cultes, attribua à la lune plusieurs influences singulières. Sa lumière douce et mélancolique, sa marche silencieuse, les erreurs bizarres que causent ses rayons incertains, l'espèce de mystère qui environne cette fille aimable du ciel fortifia les idées superstitieuses et quelque fois poétiques que les hommes


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attachèrent à son apparition. Dans le paganisme, chez les musulmans, chez les chrétiens même, ces idées se conservèrent, et elles sont loin díêtre détruites.

Une foule de gens vous diront encore que la lune mange les pierres. On appelle toujours lunatiques les têtes sujettes à des retours périodiques de folie, et l'on croit vulgairement qu'une femme qui conçoit dans les premiers jours de la lune nouvelle accouche infailliblement d'un garçon; mais dans le dernier quartier les caresses d'un époux ne peuvent donner qu'une fille.

On s'est trompé également en soumettant les dames à l'empire de la lune dans le retour régulier des signes de la fécondité: on a prétendu aussi


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faussement que les rayons de la lune (qui n'a aucune chaleur) noircissaient le teint des personnes délicates.

On a dit que la lune protégeait les évocations et toutes les noires opérations des magiciens et des sorciers: on a même donné aux enchanteurs puissans le pouvoir de faire descendre la lune dans leurs cavernes.

Aussi il y a encore de bons villageois qui, persuadés comme quelques peuples anciens que le disque de la lune n'est guère plus grand que le fond d'une cuve, croient, lorsqu'il se fait une éclipse, qu'un sorcier arrache la lune du ciel, et la force à venir écumer sur l'herbe (1), pour donner


(1) Et la lune, arrachée à son trôue superbe,
Tremblante et sans couleur, vient écumer, sur l'herbe.
LUCAIN, traduit par Brébeuf.


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à cette herbe des vertus infernales.

Et ce ne sont pas là toutes les calomnies que l'imbécille superstition a imaginées contre l'astre si doux des amours et des tendres méditations, la plupart des peuples ont cru que le lever de la lune était un signal mystérieux auquel les spectres sortaient de leurs tombeaux. Les orientaux content que les Lamies et les Gholes vont déterrer les morts dans les cimetières et faire leurs horribles festins au clair de la lune. Dans certains contons de l'orient de l'Allemagne on prétendait que les Vampires ne commençaient leurs infestations qu'au lever de la lune, et qu'ils étaient obligés de rentrer en terre au chant du coq.

Mais l'idée la plus extraordinaire,


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et cette idée fut véritablement adoptée dans quelques villages, c'est que la lune ranimait les Vampires. Ainsi, lorsqu'un de ces spectres, poursuivi dans ses courses nocturnes, était frappé d'une balle ou d'un coup de lance, on pensait qu'il pouvait mourir une seconde fois, mais qu'exposé aux rayons de la lune il reprenait ses forces perdues et le pouvoir de sucer de nouveau les vivans.

Cette opinion horrible, mais romantique, ne fut pas très-répandue: cependant on en a fait un usage assez heureux dans la nouvelle attribuée à Lord Byron. Ruthwen, tué par des brigands, demande qu'on l'expose aux rayons de la lune; et au bout d'un quart d'heure il est ranimé.

Dans l'affreux mélodrame que cette


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nouvelle a inspiré, cette scène termine le second acte. Ruthwen meurt frappé d'une balle: on l'expose sur un rocher où la lune lance sa lumière, et il ressuscite. . .

Néanmoins, en lisant l'histoire du Vampire Harppe et de quelques autres fantômes qui reçurent des coups de lance ou de balle, on ne voit pas que les rayons de la lune aient pu les ranimer. . . .

Mais sans doute il n'est pas nécessaire de s'arrêter plus long-temps sur une matière aussi frivole.